365 jours, c'est à la fois peu, et beaucoup. Cela fait 365 jours, presque au jour près, que le ciel m'est tombé sur la tête.
Bien entendu, c'est comme tout : il y a pire, plus grave, plus terrible, et il faut toujours penser à celles et ceux qui souffrent plus, de problèmes de santé, ou qui ne savent pas comment boucler le mois quand les poches et le buffet sont vides. Je dirais même que d'y penser permet de relativiser, et donc de surmonter, ses propres soucis. Cela permet, plus encore, de trouver l'énergie de se battre : ce ne sont que des problèmes judiciaires, qui doivent être dépassés pour pouvoir à nouveau affronter ce qui mérite vraiment de l'être – l'injustice sociale – comme je l'ai fait pendant toutes mes années de militantisme.
Je ne veux pas revenir ici sur « l'affaire » elle-même. J'ai toujours dit qu'elle partait d'une dénonciation calomnieuse, sans aucun fondement. Je tiens juste à souligner une chose à mes yeux très importante, mais que les médias n'ont pas reprise : dans le rapport final du parquet, il est clairement dit que l'on n'a pas constaté de mode de vie dispendieux de ma part. Et ceux qui ont écrit cela savent de quoi ils parlent ; ils ont, durant ces 365 jours, passé 5 ans de ma vie au peigne fin. Ils ajoutent que certes, j'aime les montre coûteuses, mais qu'il y a incontestablement un équilibre entre celles que je vends et celles que j'achète. Il n'y a donc pas de mode de financement occulte ou détourné à chercher. Je ne vous cacherai pas que je suis heureux de voir ces mots écrits noir sur blanc ; à mes yeux, ils lavent un peu mon honneur que certains ont consciencieusement cherché à souiller des mois durant. Ils rétablissent la vérité sur ma passion, celle d'un petit collectionneur, à la rechercher du « Saint Graal » de l'horlogerie.
Le jeu des petites insinuations continuera, c'est sûr. Il a même déjà repris par la grâce du quotidien français de référence, qui a salué ma sortie d'affaire à sa manière, avec un article me présentant comme un responsable politique abandonné par tous, à cause de ses ambitions personnelles et de son goût du luxe. Comme à la grande époque des procès staliniens, la journaliste est allée chercher des proches ou d'anciens proches pour recueillir des témoignages à charge contre moi. Et après deux feuillets de réquisitoire, elle a jugé bon de faire suive son papier d'un sondage en ligne, sur le site du quotidien, demandant aux lecteurs s'ils étaient favorables, ou non, à ma réintégration sur les listes socialistes pour les régionales. La ficelle est un peu grosse ; je préfère encore en rire. Chacun aura compris la manœuvre. Qu'il est dur, pour la presse, de reconnaître ses erreurs !
J'ai vu revenir, dans les nombreux messages de soutien et de sympathie reçus depuis jeudi, quelques remarques récurrentes. On me demande comment je peux rester au Parti Socialiste, eu égard au comportement de certains de ses membres à mon égard. On m'interpelle sur l'amitié, la fraternité, toutes deux à géométrie variable. Ai-je besoin d'en rajouter ? Je dirai seulement que c'est une raison de plus pour que ce parti change vraiment, enfin. Et pour cela, il faut que des gens nouveaux viennent. Il n'y a pas d'autre solution. Changer ou mourir, avais-je écrit. Eh bien la mort est là, elle est en train de s'installer insidieusement. Il faut agir tout de suite, ou jamais. Des lecteurs de ce blog m'ont demandé pourquoi je ne tente pas de fonder autre chose. C'est très simple : pour l'instant, il n'y a pas d'alternative, et l'éclatement du PS serait le déclencheur d'un morcellement encore plus grande de la gauche en de multiples chapelles encore plus inefficaces. Personne ne peut prendre cette responsabilité. C'est pourquoi il faut encore tenter de réformer ce parti. Dans une époque comme celle que nous traversons, la dernière des choses à faire est de penser à son intérêt personnel. Il faut avoir au cœur l'intérêt de la gauche, et de celles et ceux qu'elle défend.
« Et maintenant ? ». C'est, vous le savez, une chanson que j'aime bien. Je vais reprendre mon combat. Aller à la bataille des régionales. J'ai lu avec plaisir, ces dernières heures, les messages des militants de ma fédération qui me demandaient « quand est-ce qu'on commence la campagne, quand est-ce qu'on s'y met ? ». Ça commence aujourd'hui 'hui.
Julien Dray
P.S. J'ai déjà eu l'occasion à plusieurs reprises, sur ce blog, de dire ce que je pensais du débat sur l'identité nationale. Le malaise actuel sur ce sujet est évident, mais on ne peut justement pas faire comme si ce malaise n'existait pas, casser le thermomètre quand il indique qu'il y a de la fièvre. Je vais donc continuer à assumer ce débat, sur lequel je reviendrai dans le prochain numéro de ma lettre d'information, la Tête A Gauche. Vous pouvez vous y abonner en m'écrivant à l'Assemblée Nationale.