Mardi 22 septembre 2009
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EUROPE 1
L'INTERVIEW – Le 21/09/2009 – 08 :19 :15
Invité : Jean-Pierre MIGNARD, membre du Conseil National du PS
Marc-Olivier FOGIEL
Vous recevez ce matin le socialiste Jean-Pierre MIGNARD.
Jean-Pierre ELKABBACH
Ségolène ROYAL, le PS, mais d’abord CLEARSTREAM. Jean-Pierre MIGNARD, bonjour.
Jean-Pierre MIGNARD
Bonjour.
Jean-Pierre ELKABBACH
Vous avez regardé la presse avec nous. CLEARSTREAM partout. Vous allez y plaider. Dans l’histoire judiciaire et politique, le procès, est-ce que c’est un grand procès et comment la qualifiez-vous
d’emblée ?
Jean-Pierre MIGNARD
Ah, ça c’est vrai que c’est unique, un procès entre un ancien Premier ministre prévenu et un Président de la République en exercice, plaignant et partie civile, ça, en effet, sous la Ve
République, j’ai jamais vue ça.
Jean-Pierre ELKABBACH
Mais c’est un grand procès.
Jean-Pierre MIGNARD
C’est un grand procès, sûr. Alors, on peut, en effet, trouver des titres journalistiques, « Le choc des titans », « Une dramaturgie », etc. Eh bien, voyez, quand même, ce qui est caractéristique
c’est que dans ces grands titres on va oublier les dizaines d’autres victimes de ce procès, qui ont été quand même assez largement ignorés, en tout cas pendant toute la formation judiciaire, et qui
seront toutes présentes cet après-midi à la 1ère chambre du tribunal.
Jean-Pierre ELKABBACH
Vous, vous défendez le journaliste Edwy PLENEL et le magistrat Gilbert FLAM qui se sont retrouvés dans les listings en bonne place, et sans raison, disent-ils ;
Jean-Pierre MIGNARD
Ben, non seulement sans raison mais i n’y avait aucune raison, pas plus pour eux d’ailleurs que pour tous. Et ce que l’on va dire, c’est simple, c’est pourquoi est-ce que tout cela n’a pas été dit
plus tôt, pourquoi est-ce qu’un juge d’instruction n’a pas été désigné plus tôt ?
Jean-Pierre ELKABBACH
Dès aujourd’hui, Maître LECLERC, défenseur de Dominique de VILLEPIN, va soulever des nullités de procédure. D’abord, le rôle et la place du Président de la République, et vous vous allez intervenir
aussi.
Jean-Pierre MIGNARD
En tout cas, Henri LECLERC, je pense, va dire une chose, il va dire que le Président de la République est à la fois plaignant, il est partie civile, il a un avocat, puis il y a le procureur de la
République, et on peut dire que c’est deux choses différentes. Non, au sens où dans notre organisation judiciaire aujourd’hui l’exécutif a autorité sur le procureur de la République, et donc on
peut penser que l’accusation n’est pas indépendante au sens où le magistrat ne serait pas une autorité judiciaire indépendante et impartiale vis-à-vis du pouvoir politique. C’est la Cour européenne
qui le dit, ça n’a rien de désagréable personnellement pour Monsieur MARIN, mais ça pose un problème.
Jean-Pierre ELKABBACH
Mais ça n’empêchera pas le procès.
Jean-Pierre MIGNARD
Non !
Jean-Pierre ELKABBACH
Ni la recherche de la vérité.
Jean-Pierre MIGNARD
Mais la question va quand même être posée et cette question elle nous renvoie à l’incongruité du système français : pourquoi est-ce que l’exécutif, c’est-à-dire le pouvoir politique, a une autorité
sur les procureurs ?
Jean-Pierre ELKABBACH
A l’origine de l’affaire et donc du procès, qui a commis le délit, à votre avis, qui en a profité ?
Jean-Pierre MIGNARD
Ah, qui a commis le délit ? Le tribunal le dira. Nous, on pense effectivement que les premières personnes citées c’est contre elles effectivement que nous plaiderons, mais on verra ce que le
jugement dira. Qui en a profité ? Je trouve qu’il y a deux affaires, il y d’une part la confection de faux, des listings, avec une liste invraisemblable, absurde, de gens qui se retrouvent ensemble
et à qui on prête d’avoir des comptes à l’extérieur, manifestement obtenus à l’aide de pratiques illicites.
Jean-Pierre ELKABBACH
Dominique STRAUSS-KAHN, à un moment Laurent FABIUS qui s’est retiré, Nicolas SARKOZY.
Jean-Pierre MIGNARD
Mais tout ça est absurde, je veux dire. Même quand on regarde la liste, on dit, « mais enfin, c’est pas possible », ou alors si c’était possible ça voudrait dire qu’il n’y a plus de République,
qu’on serait dans un Etat de corruption généralisée. C’est absurde ! Et puis, il y a une deuxième affaire, c’est-à-dire qu’ensuite il y a tout un groupe de… toute une série de hauts responsables de
l’Etat, des ministres, des directeurs de cabinet, des directeurs de service, et même des magistrats qui attendent. Qui attendent quoi ? Pourquoi est-ce que très rapidement… écoutez c’est vers
octobre 83 que pour la première fois RONDOT indique qu’il y aurait des listes comme ça.
Jean-Pierre ELKABBACH
2003.
Jean-Pierre MIGNARD
Oui, 2003, pardon. Et on attend 2006 pour qu’il y ait un juge d’instruction qui soit désigné.
Jean-Pierre ELKABBACH
Et puis, on voit bien, tel est pris qui croyait prendre.
Jean-Pierre MIGNARD
Oui, chacun se tien par la barbichette !
Jean-Pierre ELKABBACH
Mais qui aurait dû déclencher l’information judiciaire ?
Jean-Pierre MIGNARD
Mais tous, car c’est une obligation légale, l’article 40 du code de procédure pénale impose aux autorités constituées, aux fonctionnaires et aux officiers publics, l’obligation de dénoncer
immédiatement au procureur de la République.
Jean-Pierre ELKABBACH
Donc, ils auraient dû alerter la justice.
Jean-Pierre MIGNARD
Tous !
Jean-Pierre ELKABBACH
Donc, pour vous, c’est la justice, l’Etat, la République qui dysfonctionne.
Jean-Pierre MIGNARD
Il y a une irresponsabilité de l’Etat.
Jean-Pierre ELKABBACH
Qu’est-ce qui les rend fous ?
Jean-Pierre MIGNARD
Le pouvoir présidentiel. Le présidentialisme, le pouvoir présidentiel, l’ambition, la compétition des ambitions, les ambitions rivales, la voracité du pouvoir, voilà ce qui en France constitue sans
doute le mal français, même le malheur français.
Jean-Pierre ELKABBACH
A droite et à gauche ?
Jean-Pierre MIGNARD
Oui, bien sûr, à droite et à gauche.
Jean-Pierre ELKABBACH
Même au PS ?
Jean-Pierre MIGNARD
Mais regardez au PS, nous avons eu… je suis frappé, les socialistes quand ils sont maires ou quand ils sont élus, ce sont des gens qui gèrent avec un très grand scrupule les élections dans leur
ville, ce sont des gens très respectueux des électeurs. Et lorsque nous avons des élections entre nous, on ne se respecte pas. Eh bien, ça, c’est toujours la bataille présidentielle. Ca rend les
gens fous en France.
Jean-Pierre ELKABBACH
Oui, mais vous n’avez pas la nostalgie de la IVe République et des treize tours pour élire René Coty président de la République.
Jean-Pierre MIGNARD
Non ! Non !
Jean-Pierre ELKABBACH
Il y aura pour CLEARSTREAM, sans doute, des surprises, des coups de théâtre.
Jean-Pierre MIGNARD
Oui !
Jean-Pierre ELKABBACH
Des sanctions, un jugement en janvier 2010, sans doute appel et déjà les juristes, est-ce que vous êtes dans ce cas, prévoient un deuxième procès CLEARSTREAM fin 2010, début 2011.
Jean-Pierre MIGNARD
Oh, s’il y a un appel, évidemment, vraisemblablement un appel, mais je serais très étonné que ce jugement satisfasse tout le monde. Quoi qu’en ne sait jamais !
Jean-Pierre ELKABBACH
Alors, vous, si proche de Ségolène ROYAL vous n’étiez pas à Montpellier.
Jean-Pierre MIGNARD
Non.
Jean-Pierre ELKABBACH
Elle a dit que vous étiez au Gabon. Vous étiez à Paris.
Jean-Pierre MIGNARD
Non, j’étais à Paris, mon voyage a été repoussé donc, effectivement. J’aurai pu lancer un appel de Libreville, comme le Général de Gaulle, mais enfin c’était quand même pas ni mon statut, ni
l’objectif.
Jean-Pierre ELKABBACH
Donc, vous n’y êtes pas allé.
Jean-Pierre MIGNARD
J’irai mais je n’y étais pas.
Jean-Pierre ELKABBACH
A Montpellier.
Jean-Pierre MIGNARD
Ah non, j’étais pas à Montpellier, non.
Jean-Pierre ELKABBACH
Alors, Ségolène ROYAL a annoncé à Montpellier qu’elle veut dépasser désormais le Parti socialiste. « Dépasser », c’est-à-dire l’envelopper, le dominer, le contourner. Elle a choisi déjà et encore
cette démarche présidentielle. Est-ce qu’elle raison tout de suite ?
Jean-Pierre MIGNARD
Sur le dépassement, elle a raison, et sur le dépassement elle n’est pas seule, c’est d’ailleurs l’appel qu’avait lancé Daniel COHN-BENDIT à Marseille lorsqu’on avait fait notre réunion d’Espoir à
gauche. Oui, dépassement pour effectivement faire en sorte que l’ensemble des grandes familles de l’opposition puissent se retrouver, créent aussi une nouvelle formation politique. Une nouvelle
formation politique, on peut l’appeler Parti socialiste, la question n’est pas là, mais regardez, si on fait des primaires, c’est-à-dire que si on associe deux à trois millions d’électeurs à la
désignation du candidat, si ensuite enfin on installe la séparation des pouvoirs au sein du Parti socialiste lui-même, c’est-à-dire qu’il y a une espèce de commission, allez, néo-juridictionnelle
qui veille à la sincérité du scrutin, à la loyauté du scrutin, je vous assure qu’on crée une nouvelle formation politique qui se rapproche des grands partis démocrates.
Jean-Pierre ELKABBACH
Non mais, sur sa stratégie, vous, vous présidiez pour elle Désirs d’avenir.
Jean-Pierre MIGNARD
Oui.
Jean-Pierre ELKABBACH
Elle l’a saisi, confisqué, récupéré.
Jean-Pierre MIGNARD
Ah ben, elle est fondatrice. C’est la mère, la mère a repris son enfant.
Jean-Pierre ELKABBACH
Voilà ! « Cher Jean-Pierre, pousse-toi de là ».
Jean-Pierre MIGNARD
Voilà, elle a dit à l’oncle de se mettre sur le côté.
Jean-Pierre ELKABBACH
Et il s’est mis sur le côté.
Jean-Pierre MIGNARD
Ah ben, oui, je suis un oncle amical et fidèle.
Jean-Pierre ELKABBACH
Peut-être qu’il avait plus de désir, il n’y avait plus de désir et moins d’avenir.
Jean-Pierre MIGNARD
Ah ben, attendez, j’ai quand même beaucoup de choses à faire indépendants de ça, et puis je fais confiance à Ségolène pour effectivement engager Désirs d’avenir. Elle l’a fait parce qu’elle pense
sans doute que pour son statut de présidentiel il faut repasser peut-être à un autre stade. Il faut lui poser la question.
Jean-Pierre ELKABBACH
Pourquoi tant de ses fidèles et de ses proches prennent comme vous leurs distances ?
Jean-Pierre MIGNARD
Oh, pour une raison...
Jean-Pierre ELKABBACH
… est-ce que vous étiez des opportunistes ?
Jean-Pierre MIGNARD
Non, oh non !
Jean-Pierre ELKABBACH
Vous êtes des ingrats ?
Jean-Pierre MIGNARD
Non, ça c’est désagréable, c’est pas du tout la question, non, c’est parce que… le problème c’est que quand on est un candidat pour la présidentielle on est toujours en campagne, c’est ça le
problème, on est toujours en campagne. Donc, les proches peuvent toujours…
Jean-Pierre ELKABBACH
…. c’est vous, Jean-Pierre MIGNARD, qui avez conduit l’enquête interne sur les irrégularités, les malversations lors des votes du congrès de Reims. Est-ce que vous regrettez que le PS ne soit pas
allé plus loin et d’autre part quels mérites vous reconnaissez au livre des deux journalistes, des deux confrères ?
Jean-Pierre MIGNARD
Alors, un, sur vos confrères, puisque je suis ici je vais être courtisan, comme toujours un peu les avocats, pardonnez-moi, c’est un livre utile. Honnêtement, le mémoire que j’avais fait avec
ASSOULINE et CIOT disait déjà tout. Le livre a un mérite, c’est-à-dire qu’il rappelle que nous n’avons pas réglé le problème, et donc ça c’est quand même un immense mérite, première chose. Et
deuxième chose, on pouvait pas aller plus loin à l’époque, sinon il fallait scissionner. Aller devant le juge, ce qui aurait été possible, mais le juge aurait annulé, c’était une
scission.
Jean-Pierre ELKABBACH
C’est l’image du PS qui a été salie.
Jean-Pierre MIGNARD
Ben, c’est-à-dire que le seul moyen pour lui, effectivement, de changer, ben c’est ça, c’est de créer une commission…c’est dorénavant d’avoir une autorité indépendante qui organise les élections,
parce que vous savez sinon, les trois millions d’électeurs ils ne viendront jamais voter.
Jean-Pierre ELKABBACH
Dernière remarque. François HOLLANDE s’est rapproché de François BAYROU.
Jean-Pierre MIGNARD
Tant mieux, c’est bien, il a mis du temps mais c’est bien.
Jean-Pierre ELKABBACH
Est-ce que vous êtes favorable à une alliance socialiste/MoDem désormais ?
Jean-Pierre MIGNARD
Ben bien évidemment ! Oui, je pense même qu’il faut aller jusqu’aux frontières du gaullisme, quand le gaullisme considérait que l’Etat ne devait pas être vassalisé. Vous voyez, je vais encore plus
loin !
Jean-Pierre ELKABBACH
Merci d’être venu, Jean-Pierre MIGNARD.
Jean-Pierre MIGNARD
Merci Monsieur ELKABBACH. 08 :27 :21 FIN^
Par faire gagner le Parti Socialiste
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